Et si le véritable leadership consistait à aller au-delà du problème que l’on voit ? C’est l’une des leçons fortes que partage la Sénatrice Dr. Rasha Kelej, Directrice générale de la Fondation Merck, à travers son parcours avec le mouvement « More Than a Mother » – « Plus qu’une mère ».
Son expérience autour de l’infertilité montre qu’un changement durable ne peut pas reposer sur une seule solution. Former des médecins est essentiel. Mais lorsque la stigmatisation, les croyances, la désinformation ou le manque d’information empêchent les femmes et les couples d’accéder aux soins, la réponse doit nécessairement être plus large.
Aller au-delà de ce qui est visible
L’infertilité est avant tout une question médicale. Pourtant, dans de nombreuses communautés, elle demeure également une question sociale, culturelle et parfois religieuse.

Pendant longtemps, les femmes ont été les premières, voire les seules, à être tenues responsables lorsqu’un couple rencontrait des difficultés à avoir un enfant. Cette culpabilisation peut entraîner isolement, rejet, pression familiale et parfois exclusion sociale.
C’est précisément cette réalité que la Dre Rasha Kelej dit avoir rencontrée au cours de ses déplacements dans plusieurs pays africains, notamment au Burundi, en Ouganda, en Sierra Leone, au Liberia, en Gambie, en Guinée, au Tchad, au Niger et en République centrafricaine.
En allant à la rencontre des femmes, des couples, des professionnels de santé, mais aussi des responsables communautaires et religieux, elle a pu mesurer l’ampleur d’un problème qui ne pouvait être résolu uniquement dans les hôpitaux.
Pour changer les parcours de vie, il fallait donc aussi changer les regards.
Former localement pour rendre les soins accessibles
L’un des axes majeurs du mouvement « More Than a Mother » a été le développement des compétences médicales locales.

À travers la Fondation Merck, plus de 800 bourses ont été accordées à des professionnels de santé issus de 42 pays afin de renforcer les compétences dans le domaine de la fertilité et de l’embryologie.
L’objectif n’était pas simplement de former des spécialistes, mais de permettre aux pays de développer leur propre expertise.
Cette approche repose sur une conviction essentielle : l’accès à des soins de qualité ne devrait pas dépendre de la possibilité de voyager à l’étranger.
Lorsqu’une expertise spécialisée existe localement, dans les hôpitaux publics, les établissements privés ou les institutions universitaires, elle peut bénéficier durablement aux populations et contribuer au renforcement des systèmes de santé.
Mais là encore, la formation médicale ne constitue qu’une partie de la réponse.
Combattre la stigmatisation, une autre forme de soin
Que vaut un service médical de qualité si les personnes concernées n’osent pas y avoir recours ?
C’est l’une des questions centrales soulevées par cette expérience.
Pour la Dre Kelej, lutter contre l’infertilité signifie également lutter contre les préjugés et les fausses croyances qui entourent cette question.
Le mouvement a ainsi travaillé avec différents acteurs : Premières Dames africaines, ministères, professionnels de santé, médias, artistes, responsables religieux et leaders communautaires.
Cette mobilisation illustre une approche particulièrement intéressante du changement social : lorsqu’une problématique touche plusieurs dimensions de la société, sa transformation nécessite elle aussi plusieurs voix.
Quand les médias deviennent acteurs du changement
L’information joue également un rôle déterminant.
Les médias peuvent contribuer à mieux faire comprendre l’infertilité et à déconstruire certaines idées reçues. Mais ils peuvent aussi, lorsqu’ils traitent le sujet sans suffisamment de précautions, contribuer involontairement à renforcer la stigmatisation.
C’est pourquoi le mouvement a également mis l’accent sur la formation des journalistes et des professionnels des médias aux questions de santé.
L’objectif : permettre une couverture plus précise, plus responsable et surtout plus humaine de l’infertilité.
Cette démarche s’est prolongée par la création de prix destinés aux journalistes et aux créateurs.
Films, articles, chansons, mode, storytelling et autres formes d’expression artistique ont ainsi été mobilisés pour porter autrement les messages de santé et de sensibilisation.
Car parfois, une histoire racontée avec justesse peut toucher une personne là où un discours médical ne parvient pas à entrer.
Le leadership comme capacité à voir l’ensemble du problème
C’est sans doute l’un des enseignements les plus intéressants du parcours présenté par la Dre Rasha Kelej.
Le leadership ne consiste pas toujours à apporter une réponse rapide au problème qui se trouve devant nous. Il consiste aussi à prendre du recul, à identifier ce qui se cache derrière ce problème et à comprendre les différents obstacles qui empêchent une véritable transformation.
Dans le cas de l’infertilité, ces obstacles étaient multiples : manque de spécialistes, insuffisance de compétences locales, désinformation, stigmatisation, croyances culturelles, pression sociale et difficultés d’accès aux soins.
Il fallait donc agir sur plusieurs fronts simultanément.
Former. Informer. Sensibiliser. Dialoguer. Donner la parole. Mobiliser.
C’est cette combinaison qui permet de passer d’une intervention ponctuelle à la construction d’un véritable écosystème.
« Plus qu’une mère » : remettre la femme au centre
Au cœur de cette démarche se trouve finalement un message simple : une femme ne se résume pas à sa capacité à avoir un enfant.
Le nom même du mouvement, « More Than a Mother », porte cette vision.
L’infertilité ne devrait jamais devenir une raison de dévaloriser, de culpabiliser ou d’exclure une femme. Elle doit être considérée comme une question de santé qui mérite information, accompagnement et soins appropriés.
Et pour les couples, l’accès à ces soins ne devrait pas dépendre de leur lieu de résidence, de leur statut social ou de leur capacité financière à se rendre à l’étranger.
Une leçon qui dépasse la question de l’infertilité
L’expérience de « More Than a Mother » propose finalement une réflexion beaucoup plus large sur le leadership et le changement social.
Qu’il s’agisse de santé, d’éducation, d’environnement, d’autonomisation des femmes ou de développement communautaire, les problèmes auxquels nos sociétés sont confrontées sont rarement isolés.
Ils sont souvent liés à plusieurs facteurs qui s’alimentent les uns les autres.
Agir sur un seul symptôme ne suffit donc pas toujours.
Le véritable impact commence lorsque l’on accepte de regarder le problème dans sa globalité, d’écouter les personnes concernées et de réunir autour d’un même objectif des acteurs qui, à première vue, n’appartiennent pas au même univers.
C’est peut-être là que réside la plus grande leçon de leadership de ce parcours : pour créer un changement durable, il faut avoir le courage d’aller au-delà de l’évidence.
Et surtout, comprendre qu’une transformation véritable ne se mesure pas uniquement au nombre de personnes formées ou de programmes lancés, mais aussi au nombre de vies qui peuvent désormais avancer avec davantage de connaissances, de dignité et d’espoir.
